Une tribune pour les luttes

Appel des 100 saisonniers du colloque de ST Denis. 5 et 6 déc. 2007.

Contre la précarité, pour la reconnaissance du travail saisonnier

Article mis en ligne le dimanche 6 janvier 2008

Nous les saisonniers

Réunis à ST Denis, nous lançons un appel pour que soit reconnu notre rôle, notre travail, notre apport spécifique à l’économie, au rayonnement de la France dans le monde. Nous voulons un statut qui nous sorte de la précarité matérielle, sociale et morale dans laquelle nos CDD à répétition nous plongent. Durant des années et parfois durant toute notre carrière professionnelle, nous sommes des salariés en permanence dans l’insécurité de l’emploi. Nous voulons une réforme qui nous garantisse le droit de vivre dignement. Nous voulons profiter nous aussi des richesses que nous contribuons à créer. Dès 2008, nous demandons de bénéficier des allocations Assedic au même niveau que les autres CDD.

Le travail saisonnier

La saisonnalité offre une diversité d’emploi et souvent c’est dans ces secteurs que de nombreux jeunes obtiennent leur premier contrat de travail et se confrontent à la réalité de l’entreprise. Mais c’est aussi un milieu qui demande des professionnels dans différents métiers, car la saisonnalité, c’est aussi ces « fidélisés » ceux qui travaillent de cinq à dix mois dans l’année, qui reviennent tous les ans, connaissent et maîtrisent leur fonction, sont tout de suite opérationnels dans leur poste de travail. C’est un gain considérable pour l’économie. Nous sommes les prototypes même du salariat avec une exceptionnelle capacité d’adaptation à tous les changements, de lieux, d’équipes, de chefs.

Cependant la fragilité de notre statut est souvent la cause d’abus d’employeurs indélicats qui ne payent pas toutes les heures travaillées ou qui ne déclarent pas leurs salariés.

Tous ces saisonniers sont indispensables aux activités touristiques et agricoles. Pour preuve, 1 million de personnes travaillent pour l’agriculture en saison, 400 000 pour le tourisme. Ces derniers gênèrent 140 milliards de chiffre d’affaire et contribuent à un excédent de + de 11 milliards. Le poste de la balance des paiements qui dégage le plus fort excédent (6% du PNB).

En 2006, nous avons participé à l’accueil de 78 millions de touristes, ce qui place la France au premier rang mondial des pays les plus visités. D’ailleurs le gouvernement et les régions ne s’y trompent pas et misent de plus en plus sur le développement de ce secteur d’activité excédentaire, vitrine de notre culture, de notre patrimoine, de notre histoire, de notre cuisine. Personne n’imagine que ces résultats seraient atteints sans ces travailleurs au statut particulier. Notre économie pourrait-elle se passer des saisonniers et plus particulièrement de ceux qui reviennent chaque année, « les fidélisés » ? Poser la question c’est y - répondre.

Et pourtant le saisonnier est l’intermittent type du travail, mais surtout du salaire.

Contrairement à une image ancienne encore vivace, les saisonniers ne choisissent pas leur statut précaire. Nous ne choisissons pas de travailler quatre, cinq, huit...mois par an, c’est le propre du tourisme ou de l’agriculture de donner du travail et d’avoir besoin de main d’œuvre à des périodes définies sur un temps donné. Avez-vous imaginé que lorsque nous travaillions 8 mois, nous devons « vivre » 12 mois avec ce salaire ?

« L’enfer des pauvres, c’est le paradis des riches » disait Victor Hugo. Le chômage ne nous permet pas d’accéder au CDI. Sinon on ne serait pas là. D’ailleurs en France on constate que depuis plusieurs années la précarité a explosé en même temps que le recours de plus en plus accru à l’intérim (+ 130% en 10 ans), le temps partiel, les successions de CDD. Les avantages de la précarité sont connus : ils permettent flexibilité, mobilité, bas salaires, mise en concurrence des salariés, et ce que les dominants appellent la paix sociale.

La saisonnalité n’est pas un choix, mais une nécessité et on se dit souvent « malheureusement c’est mieux que rien ». Financièrement, socialement cela permet de garder la tête hors de l’eau et durant l’emploi de se sentir un acteur de la société, un « producteur » de la richesse du pays qui nous le rend mal.

Un salarié pas solvable

Le saisonnier a du mal à faire des emprunts, trouver un logement, consommer, faire des projets. On nous considère souvent comme une variable d’ajustement de l’activité. Lorsqu’il y a affluence, du boulot, on embauche ! Lors de la baisse d’activité, à la fin des vacances, pas de neige, on débauche ! Et commence pour nous de nouveau le sempiternel parcours du combattant, Assedic, Anpe, convocation, justification, le papier qui manque toujours, lettre de motivation, entretien, refus.... Et la roue repart,... vers notre employeur de la saison précédente, s’il veut bien nous reprendre.

Nous sommes victimes d’un racket !

Nous et nos employeurs cotisons à une assurance chômage prélevée sur notre salaire, mais sans avoir droit de percevoir les assedic. Cela parce que les règles d’ouverture de droits ne correspondent pas à la durée de nos contrats.

Aucune sécurité, aucune reconnaissance, et lorsque l’on est indemnisé par les Assedic, on nous fait payer le fait d’être saisonnier. En effet contrairement aux travailleurs en CDD consécutifs, travailleurs intérimaires, nous ne sommes indemnisés que lorsque nous avons travaillé 6 mois ou 940 heures, et à un taux d’environ 50% de nos maigres salaires. Sommes-nous considérés par les pouvoirs publics et certains partenaires sociaux comme des sous-CDD ?

Et cela risque de s’aggraver avec l’application des dernières négociations Unedic puisque l’on veut carrément nous supprimer toutes indemnisations après 3 contrats de plus de 6 mois consécutifs.

Pourtant la mise en place de ces nouvelles règles va aussi pénaliser certains des employeurs qui prennent le temps de former, de trouver des solutions de logement, qui offrent des conditions de travail correctes, afin que les saisonniers qui connaissent le métier et leur établissement puissent revenir.

Mais pourquoi le saisonnier reviendrait-il si on le pénalise doublement ? Avec ce projet, l’Unedic prendrait le risque de donner une « prime au travail au noir », à certains patrons indélicats et à la fraude. Est-ce le monde à l’envers, ou sommes-nous les cobayes pour créer un salariat encore plus insécurisé ?

Des forces contradictoires...

L’agriculture et le tourisme sont deux secteurs d’activité excédentaires.

Dans l’agriculture beaucoup sont des travailleurs immigrés dans la crainte des contrôles renforcés que l’on peut facilement surexploiter.

Dans le tourisme on veut des personnes de plus en plus professionnelles, de plus en plus diplômées mais auxquelles on n’apportent aucune sécurité. Le savoir faire qui est demandé dans des périodes définies à une main d’œuvre nombreuse et de plus en plus qualifiée, devraient inciter à penser le problème autrement.

Force est de constater que notre pays méconnaît le travail des saisonniers et les problèmes auxquels ils se confrontent, la place qu’ils occupent dans la société, la valeur ajoutée qu’ils apportent au pays et aux entreprises. On nous côtoie tout au long des vacances mais souvent sans nous voir.

Nous sommes le maillon faible dans la chaîne du tourisme puisque tout le monde essaie de diminuer son coût : l’employeur, le client, le législateur.

Nous ne voulons pas être la tête de pont du salariat rêvé par certains patrons, de ceux qu’on utilise et qu’on jette. De ceux qui n’ont plus aucun choix.

Pourtant des rapports, des études, des propositions indiquent les pistes pour une reconnaissance de droits nouveaux pour les saisonniers. Mais en l’absence de dialogue, de rapport de force, ces orientations restent souvent lettre morte.

Nous avons besoin de syndicalisme

Souvent le saisonnier ne connaît pas ses droits, ni le code du travail et la convention collective qui régit son emploi. C’est pourquoi, il ne fait appel au syndicat que lorsqu’il est trop tard, qu’il a été abusé par un employeur. (Heures sup’ pas payées, trop d’heures effectuées, harcèlement.....).

C’est vrai que la tache est compliquée, car il y a différents saisonniers, « le job d’été et le fidélisé ». Se syndiquer seul, c’est souvent prendre un risque d’être repéré. Et lorsque l’on fait plusieurs saisons dans des lieux et entreprises différentes, où trouver un représentant syndical ?

Le fonctionnement des syndicats n’est peut-être pas adapté aux saisonniers ? Où les trouver ? Comment les joindre, leur donner les infos ? Ces obstacles font que l’on ne s’intéresse à nous que ponctuellement. Même si la mise en place de maisons des saisonniers, d’initiatives d’élus, des tournées des syndicats et d’associations ont permis ces dernières années de braquer les projecteurs sur les problèmes rencontrés (Logement, salaires, horaires), il faut continuer et se rassembler pour peser sur les discussions à venir.

Dans le tourisme social, il faut souligner l’expérience unique du CE d’EDF qui a propulsé les saisonniers au devant de la scène en leur accordant des droits nouveaux, un statut, des lieux de paroles libres. La CCAS a prolongé ces orientations - mettant en débat la précarité liée au travail saisonnier - en organisant un colloque avec les autres acteurs de l’économie sociale.

Travail saisonnier oui emploi saisonnier non merci ...

On parle beaucoup de sécuriser les parcours, mais qu’en est-il concrètement ? On nous propose dans certaines entreprises un contrat intermittent à durée indéterminée (CDII) par souci de fidéliser ce salariat volatile. C’est de fait une annualisation du salaire. On travaillera 8 mois, payés 8 mois, et on fera partie de l’entreprise 12 mois. Les 4 mois non travaillés ne sont pas pris en charge par les Assedic.

Qui doit payer ? Pourquoi ne pas envisager de mutualiser la partie du salaire non payé par une caisse sociale alimentée par les différents bénéficiaires de notre travail : les employeurs, les collectivités, l’Etat, les touristes ?

Nous ne demandons pas la lune ; nous avons connu des situations analogues dans notre histoire sociale lorsque les congés, la maladie, les accidents, la formation ont été payés aux salariés.

Qui est responsable de l’emploi ?

Notre situation amène à se questionner sur les responsabilités conjointes de tous ceux qui bénéficient de l’activité touristique en France. Notre pays ne doit-il pas progresser en terme de droit du travail particulièrement pour les salariés en CDD ? Le travail saisonnier est un fait, mais certainement pas l’emploi saisonnier.

Mais au fond qui est responsable de l’emploi en France ? L’Etat en refusant d’indemniser les saisonniers ne se comporte-t-il pas comme certains patrons indélicats qui nous emploient au noir sans se soucier de notre protection sociale ?

C’est l’ensemble de la société qui bénéficie des richesses créées par les saisonniers, c’est donc à la société toute entière d’assurer la protection sociale des saisonniers.

Dans l’immédiat

Il faut inventer un statut qui nous garantisse à minima le réembauchage sans que nous soyons contraints à des démarches qui ne reconnaissent pas notre professionnalisme.

Nous voulons que l’intermittence de notre activité qui fait de nous des salariés saisonniers (ce que nous ne choisissons pas) ne soit pas une pénalité, mais soit au contraire reconnue comme une contrainte qui doit être compensée financièrement.

Il faut nous garantir un salaire de remplacement décent durant notre période d’inactivité forcée.

Dans un premier temps, à l’UNEDIC, les partenaires sociaux doivent reconnaître notre statut particulier qui n’est pas un choix de notre part et décider de nous accorder des allocations qui ne soient pas inférieures aux autres CDD.

-  L’instauration d’une indemnité minimum journalière de 30 € durant les périodes non travaillées.

- L’ouverture des droits à l’indemnisation après 3 mois de travail effectué par période de 12 mois.

Signez la pétition

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