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La ville grecque de Volos met en pratique un système économique alternatif

Article mis en ligne le mercredi 6 juin 2012

Dans les périodes de crise, émergent des solutions ingénieuses visant à surmonter les difficultés. Dans le cas de la ville grecque de Volos (une petite localité de 100 000 habitants), la mise en pratique d’un « Réseau d’échange et de solidarité » depuis maintenant deux ans ne procédait pas tant de la nouvelle situation économique que traverse le pays que de la nécessité de constituer une alternative faisant face à l’actuel système capitaliste.

Par Antonio Cuesta (trad. R. Morder)

L’idée de base est partie des multiples expériences de communauté de troc, qui échangeaient produits et services sans utiliser de monnaie. Dans le cas de Volos, l’idée fut perfectionnée avec la création d’une plate-forme d’échanges, le TEM (Unité alternative locale) adossé à un système informatique au fonctionnement aussi simple qu’efficace dans ses résultats.

Quand quelqu’un entre pour prendre part au Réseau, il reçoit un numéro de compte et on lui attribue 300 TEM (1 TEM équivaut à 1 €, uniquement au moment d’établir la valeur de vente), ce qui facilite de cette manière ses débuts, pour acheter ou vendre des produits ou services. De nombreux échanges se réalisent les samedi sur un petit marché d’apparence traditionnelle mais dans lequel l’utilisation de l’argent est exclu. Une grande offre comprenant fruits, légumes, vêtements, livres, produits d’artisanat… mais aussi des appareils électriques ou du matériel de plomberie… De plus, le site web de l’association offre une liste complète de professionnels (médecins, enseignants, électriciens) et d’établissements de la localité intégrés dans le réseau (optique, ateliers mécaniques, boulangeries, boucheries) qui acceptent le paiement en TEM toute la semaine aux horaires d’ouverture usuels des commerces. La page comprend aussi une section d’annonces, chaque membre y offre ou demande ce dont il a besoin. Plus de mille personnes participent aujourd’hui à ce système économique alternatif et ce nombre ne cesse de croître.

« Avec l’aide initiale – explique Gara Emilia, céramiste de 47 ans – je peux acheter des fruits et du sucre pour faire des confitures que je vends le samedi. J’ai commencé il y a trois semaines et j’ai déjà gagné 800 TEM ». Il explique avoir dépensé 500 TEM chez le coiffeur, en nourriture et en petit matériel domestique dont il avait besoin. Alexandra vend avec son père, Iraklis, des œufs frais pondus par les poules qu’ils élèvent. « Au début, cela nous coûtait plus cher puisque nous payions les aliments en Euros, mais maintenant nous avons rencontré un pourvoyeur de nourriture pour animaux qui vend en TEM ». Pour cette jeune de 25 ans l’initiative est « une philosophie pour échanger les choses sans argent. Je ne suis pas contre l’Euro, j’en ai besoin pour payer certaines choses, bien sûr, mais dans la mesure du possible, j’évite d’en utiliser. Je préfère le TEM parce que c’est quelque chose que tout le monde peut utiliser. L’Euro, seuls ceux qui travaillent en possèdent ». Elle affirme, convaincue, « qu’avec le TEM on peut accéder à diverses options, de plusieurs manières, c’est toi qui décides . Chacun a quelque chose à offrir ».

L’utilisation d’Internet a facilité dans une grande mesure les échanges et surtout le contrôle des opérations de débit/crédit. Kristos, un ingénieur passionné de logiciels libres et cofondateur du projet, est responsable du développement du système informatique réalisé sur mesure à l’aide de programmes open source. Son fonctionnement avancé lui a valu la reconnaissance de la Banque d’Angleterre autant pour la forme que pour la sécurité avec lesquelles se réalisent les transferts. Meilleur et plus rapide qu’une quelconque banque par Internet, les mouvements entre vendeurs et acheteurs sont inscrits immédiatement sans commissions ni intérêts, autorisant même à l’utilisateur un découvert pouvant aller jusqu’à 1200 TEM sur son compte.

Comme le TEM n’a pas d’existence matérialisée, la forme de paiement se réalise de trois façons :

en utilisant un talon (identique à celui des chèques bancaires) doté d’une marque de sécurité ;
au moyen d’un transfert par Internet ;
sur son système vedette avec un simple SMS.
En envoyant un message avec les numéros de l’ordonnateur et du bénéficiaire, le système délivre de manière immédiate un message confirmant le transfert, puis, l’opération effectuée, montrant à chacun le solde en résultant dans son compte.

Bien que le volume d’échanges ne soit pas très élevé, Kristos calcule qu’un samedi de marché ils peuvent atteindre les 3000 ou 4000 TEM, ce chiffre descendant au cours de la semaine. Les produits alimentaires, les fruits et les légumes sont les plus demandés, juste après les services professionnels (plombiers, avocats). Dans tous les cas, « ce qui est important c’est que les gens se connaissent et qu’il existe une confiance mutuelle. Le réseau est certes important mais le contact direct est fondamental – nous déclare Kristos. Notre initiative n’a pas été motivée par la crise économique d’abord, mais par la nécessité de mettre en application nos valeurs et de changer le système économique actuel. Le réseau a été pensé contre lui, en tant forme alternative d’échange économique ».

Marita Hupis est une autre fondatrice de ce projet, fortement influencée par les expériences de l’Argentine et de l’Uruguay d’il y a une décennie. Marita expose les principes sur lesquels se base le réseau d’échanges : égalité, parité, transparence, solidarité et participation. « Tous les membres – à égalité – décident sur les questions relatives au fonctionnement du réseau au cours d’assemblées réunies régulièrement. Les décisions sont collectives, mettant l’accent sur le caractère social de l’initiative, et sont orientées en conformité avec la société que nous voulons ».

La croissance de l’organisation les a amenés à constituer un centre de prévention et de soins dans les installations cédées par l’université de Thessalie. « Le centre comptera des consultations avec des médecins, naturopathes, masseurs… tout ce dont chacun peut avoir besoin sur le terrain de la santé ». Il y sera inclus un café où travailleront diverses personnes sans emploi. Comme les bâtiments ont été abandonnés durant un bon moment, il a été décidé de les restaurer et de les adapter, en comptant sur l’aide de techniciens et d’artistes locaux ayant collaboré à la réhabilitation. Tous les membres composant les groupes de travail (secrétariat, communication, infrastructure, nettoyage…) acquièrent chacun la même chose : 6 TEM pour une heure de travail. Marita nous explique : « Ces groupes sont ouverts et il y participe autant de personnes que nécessaire à chaque moment déterminé ».

Les succès du réseau, qui dépasse déjà les frontières, invite les autres villes grecques à suivre l’exemple. « C’est une bonne option pour changer les choses et dans un certain sens c’est un changement révolutionnaire » ajoute fièrement Alexandra.

Antonio Cuesta

http://www.autogestion.asso.fr/?p=1664

Source originale : http://www.rebelion.org/noticia.php?id=149932

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